La carte des pratiques et montages abusifs recense des schĂ©mas rĂ©vĂ©lĂ©s lors de contrĂŽles fiscaux et remis en cause par lâadministration fiscale en raison de leur caractĂšre frauduleux. Cette carte vient rĂ©cemment de sâenrichir dâun nouveau schĂ©ma. Lequel ?
Montage abusif et dispositif anti-abus : illustration
Dans un souci de prĂ©vention et de sĂ©curitĂ© juridique, la Direction gĂ©nĂ©rale des finances publiques (DGFIP) met Ă disposition du public une carte recensant les pratiques et montages fiscaux abusifs susceptibles dâĂȘtre remis en cause par lâadministration fiscale, notamment Ă lâoccasion dâun contrĂŽle fiscal.
Cette carte, réguliÚrement actualisée, présente différents exemples concrets de montages révélés au cours de contrÎles fiscaux et contraires à la loi.
Un nouveau schéma y a récemment été ajouté : celui lié au portage salarial.
Dans certains milieux professionnels, il est frĂ©quent quâune personne domiciliĂ©e en France ne perçoive pas directement sa rĂ©munĂ©ration, cette derniĂšre Ă©tant versĂ©e Ă une structure Ă©trangĂšre qui est chargĂ©e de lui reverser une partie de sa rĂ©munĂ©ration.
Le problĂšme de ce type de montage est quâil permet de faire Ă©chapper Ă lâimpĂŽt français des sommes qui, normalement, auraient dĂ» ĂȘtre taxĂ©es en France.
Câest pourquoi il existe un dispositif anti-abus qui permet, toutes conditions remplies, de taxer Ă lâimpĂŽt français les sommes versĂ©es Ă des personnes ou sociĂ©tĂ©s domiciliĂ©es ou Ă©tablies Ă lâĂ©tranger, dĂšs lors que les services rĂ©munĂ©rĂ©s ont Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s en France par une ou plusieurs personnes domiciliĂ©es en France.
Prenons lâexemple fourni par la carte de la DGFIP.
Monsieur G., rĂ©sident fiscal français et consultant en informatique, est imposable Ă lâimpĂŽt sur le revenu (IR) dans la catĂ©gorie des bĂ©nĂ©fices non commerciaux (BNC).
Il travaillait pour des entreprises françaises qui le rémunéraient directement pour ses prestations.
Il dĂ©cide dâabandonner son statut dâindĂ©pendant pour devenir employĂ© salariĂ© dâune sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre qui propose des services informatiques.
Sa clientÚle française continue de faire appel à lui, mais désormais via des contrats de sous-traitance conclus avec la société étrangÚre, qui émet les factures correspondantes et perçoit les rÚglements.
En contrepartie des prestations quâil rĂ©alise chez les clients, Monsieur G est rĂ©munĂ©rĂ© par des salaires versĂ©s par la sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre.
La sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre nâa en pratique aucune activitĂ© Ă©conomique rĂ©elle : elle se limite Ă des fonctions administratives telles que la facturation ou la gestion des consultants. En clair, les honoraires quâelle perçoit ne rĂ©munĂšrent aucune prestation propre, mais correspondent en rĂ©alitĂ© au travail effectuĂ© par Monsieur G.
Sur le plan fiscal, Monsieur G dĂ©clare en France des revenus de source Ă©trangĂšre, bĂ©nĂ©ficiant ainsi dâun crĂ©dit dâimpĂŽt destinĂ© Ă Ă©viter une double imposition. Ce schĂ©ma lui permet de dissimuler sa vĂ©ritable qualitĂ© de prestataire et de minorer lâimposition de ses revenus professionnels issus dâune activitĂ© exercĂ©e en France. En outre, bien quâil ne paie aucun impĂŽt Ă lâĂ©tranger, il profite indĂ»ment dâun crĂ©dit dâimpĂŽt.
Sur le plan social, ce montage peut Ă©galement permettre Ă Monsieur G dâĂ©luder les contributions et cotisations sociales dues au titre dâune activitĂ© indĂ©pendante, tout en ouvrant droit Ă des prestations sociales françaises.
Par exemple, aprĂšs une dĂ©mission ou un licenciement fictif de la sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre, puis une brĂšve embauche en France, Monsieur G pourrait prĂ©tendre Ă des allocations chĂŽmage sur la base de lâactivitĂ© exercĂ©e via la sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre.
En application du dispositif anti-abus, lâadministration fiscale rĂ©intĂšgre les sommes perçues par la sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre dans les revenus du consultant, comme si cette sociĂ©tĂ© nâavait jamais existĂ©. Les sommes sont donc imposĂ©es Ă lâimpĂŽt sur le revenu dans la catĂ©gorie des bĂ©nĂ©fices non commerciaux.
Ces sommes étant la contrepartie de prestations réalisées par un résident de France à destination de clients situés en France, elles sont en tout état de cause uniquement imposables en France.
Les rappels dâimpĂŽt sur le revenu et la reprise des crĂ©dits dâimpĂŽt indus effectuĂ©s par lâadministration fiscale peuvent ĂȘtre assortis de lâintĂ©rĂȘt de retard et dâune majoration de 80 % pour manĆuvres frauduleuses, sans exclure dâĂ©ventuelles poursuites pĂ©nales.
Il faut en outre noter que, dans cette hypothĂšse, les sociĂ©tĂ©s clientes qui acceptent sciemment les factures de complaisance Ă©mises par la sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre encourent lâapplication dâune amende de 50 % des montants facturĂ©s.
Notez pour finir que lâadministration fiscale pourra ĂȘtre amenĂ©e Ă signaler ce type de montage et les personnes impliquĂ©es Ă lâadministration sociale et invite toute personne qui a rĂ©alisĂ© de telles opĂ©rations Ă prendre contact avec elle pour rĂ©gulariser sa situation.
Pratiques et montages fiscaux abusifs : un nouveau cas dans le viseur ! – © Copyright WebLex




















